Les premières semaines de la présidence de Donald Trump se déroulent à un rythme effréné, dans une atmosphère chaotique qui entretient la sidération. Pourtant, derrière ce tumulte, les premières actions du nouveau Président américain s’avèrent globalement conformes à ses promesses de campagne.
Faut-il réellement s’étonner que Donald Trump applique son programme ? A vrai dire, on pouvait, non sans cynisme, douter de sa mise en œuvre tant celui-ci regorge de contradictions.
Pourquoi déclencher une guerre tarifaire alors que l’électeur américain peine déjà à sortir d’une vague d’inflation ? Par ailleurs, le plan « Drill, baby, drill », visant à faire chuter le prix du pétrole (vers les 40 $) pour contenir l’inflation, est-il crédible alors que la majorité des producteurs américains ne sont plus rentables sous le seuil des 50$ ? Certes, la nouvelle reconfiguration géopolitique dessinée par l’administration Trump pourrait contribuer à une baisse des cours, d’autant que huit membres de l’OPEP+, dont la Russie, ont récemment accepté d’augmenter leur production dès avril. Pourtant, avec un baril à 67 dollars, les prix restent dans la fourchette observée ces derniers mois, sans réel bouleversement de marché.
De même, le rapatriement de la production aux Etats-Unis soulève une question fondamentale : les Américains sont-ils prêts à payer plus cher leurs biens de consommation ? Et surtout, reste-t-il suffisamment de cols bleus disponibles alors que la main-d’œuvre s’est largement reconvertie dans les services, dans un contexte de restrictions migratoires ?
A cela s’ajoute la question des représailles commerciales : L’Amérique est-elle prête à assumer les répercussions des mesures de rétorsion que ses partenaires commerciaux, victimes des tarifs douaniers – Canada, Mexique, Chine – menacent déjà d’imposer ?
Accepter que le programme de Donald Trump soit appliqué dans son intégralité, c’est aussi reconnaître que ces contradictions ne sont plus de simples paradoxes électoraux, mais bien des réalités avec lesquelles nous devons composer.
Retrouvez l'analyse complète de Benjamin Melman, Global Chief Investment Officer d'Edmond de Rothschild Asset Management.