10/07/2026

•    La reprise des hostilités entre Téhéran et Washington a pris à revers les investisseurs et ravivé les craintes d’un nouveau blocage du détroit d’Ormuz.
•    Les dernières statistiques économiques et prises de parole de banquiers centraux ne permettent toujours pas d’écarter le risque de relèvement des taux directeurs de la Fed à la fin du mois, ce qui entraîne en particulier les taux réels vers de nouveaux points hauts.
•    Nous sommes passés positifs sur les taux souverains, considérant que le risque sur les banques centrales était désormais bien intégré.


Alors que le conflit au Moyen-Orient avait progressivement été relégué au second plan ces dernières semaines, la reprise des hostilités entre Téhéran et Washington a pris à revers les investisseurs et ravivé les craintes d’un nouveau blocage du détroit d’Ormuz. Les nouvelles tensions entre les deux pays trouvent d’ailleurs leur origine dans la volonté du régime iranien d’imposer son mécanisme de contrôle sur la voie maritime, y compris par la force en attaquant les navires qui ne respecteraient pas ses conditions de passage. Si les escarmouches occasionnelles entre les deux camps ont largement été ignorées par les marchés financiers depuis le cessez-le-feu, cette fois, l’impact est loin d’être négligeable, avec une remontée sensible des cours du brut à près de 80$/b mais aussi du gaz européen à près de 50 €/MWh, en lien également avec une offre réduite du fait de la concurrence asiatique et des perturbations sur la production norvégienne. Ceci est venu mettre un coup d’arrêt à la surperformance des indices actions européens observée depuis mi-mai, en incitant les investisseurs à se tourner de nouveau vers l’autre côté de l’Atlantique. Les marchés américains restent pourtant pénalisés par les difficultés du secteur de la technologie, lesquelles sont davantage liées au positionnement des investisseurs qu’à des raisons fondamentales comme en témoignent les publications de résultats de la semaine, ressortis très nettement au-dessus des attentes sans pour autant empêcher de nouvelles prises de profits sur le secteur. Le reste de la cote américaine continue ainsi de s’attirer les faveurs des investisseurs, sur fond de rotation sectorielle et de dynamique économique toujours positive aux Etats-Unis, et parvenant même à résister à la nouvelle progression des taux souverains. 

Les dernières statistiques économiques et prises de parole de banquiers centraux ne permettent toujours pas d’écarter le risque de relèvement des taux directeurs de la Fed à la fin du mois, ce qui entraîne en particulier les taux réels vers de nouveaux points hauts. Nous estimons néanmoins qu’au sein des membres votants de la Fed les vues plus accommodantes restent majoritaires, ce qui devrait inciter la banque centrale à maintenir le statu quo en attendant de voir si le choc énergétique engendrera des effets de second tour nécessitant un durcissement monétaire. La Fed continuera aussi de surveiller les pressions inflationnistes liées aux investissements dans l’IA et la répercussion de l’envolée du coût des semiconducteurs sur les biens de consommation. Les indices de prix en Chine l’ont bien illustré cette semaine, avec une hausse substantielle des postes liés à la technologie tandis que les prix reflétant la demande domestique continuent de ralentir. 

Enfin, mentionnons qu’au Japon, où les pressions inflationnistes sont notamment liées à la faiblesse du Yen, la ministre des Finances a indiqué vouloir inciter les fonds de pension japonais à investir davantage dans les actifs domestiques, ce qui pourrait contribuer à renforcer la devise en cas de confirmation. Le risque d’intervention de la Banque du Japon nous incite également à rester neutre sur les indices actions japonais et à leur préférer leurs pairs américains et émergents. 

Nous sommes également passés positifs sur les taux souverains, considérant que le risque sur les banques centrales était désormais bien intégré et que le potentiel de baisse n’est pas négligeable si la prudence finissait par l’emporter. Nous restons par ailleurs constructifs sur le crédit Investment Grade comme High Yield et restons sous-pondérés en dollar.   

Actions européennes

Sur la semaine, les marchés actions européens ont évolué dans un climat mitigé, pris entre un regain de tensions au Moyen-Orient et de nouvelles interrogations concernant la dynamique IA malgré des signaux plus rassurants en fin de semaine. En parallèle, les investisseurs ont dû composer avec un discours toujours prudent de la BCE, davantage focalisée sur le risque de second tour via les salaires dans le contexte géopolitique actuel que sur les risques pesant sur la croissance. En France, la décision de justice concernant Marine Le Pen n’a pas empêché cette dernière d’annoncer sa candidature à la prochaine élection présidentielle, malgré le potentiel port d’un bracelet électronique. Ce flux d’informations n’a toutefois pas eu d’impact significatif sur le marché français à ce stade bien que le risque politique demeure un sujet à surveiller à l’approche des prochaines échéances. 

Sur le front microéconomique, le secteur automobile reste en difficulté, comme en témoigne la publication de Porsche, qui fait état d’une baisse de 16 % de ses ventes au premier semestre. Le constructeur est pénalisé par l’arrêt de production de certains modèles thermiques emblématiques, par la réduction des aides à l’achat de véhicules électriques aux États-Unis et, surtout, par une chute de 32 % de son chiffre d’affaires en Chine. Dans le secteur bancaire, le crédit privé demeure un sujet de vigilance : HSBC souhaite resserrer ses conditions d’octroi sur les segments les plus risqués, tandis qu’UniCredit a franchi une nouvelle étape dans son rapprochement avec Commerzbank, en contrôlant désormais l’équivalent de 47,59 % du capital de la banque allemande. Airbus a, de son côté, confirmé la solidité de sa dynamique opérationnelle avec des livraisons en hausse de 40 % en juin, portant le total à 351 appareils depuis le début de l’année, et a annoncé la création d’une co-entreprise avec MTU Aero Engines dédiée au développement et à la commercialisation d’un moteur électrique, en ligne avec sa stratégie de décarbonation. Mentionnons également le renforcement du groupe hôtelier Accor en Chine, qui prévoit un quasi-doublement de son réseau local avec un objectif de 1 600 établissements d’ici cinq à six ans, signe d’une confiance soutenue dans la dynamique touristique du pays. 

Enfin, dans la défense, Thales a révisé à la hausse ses perspectives annuelles de carnet de commandes dans un marché très porteur et a franchi une étape structurante avec l’annonce du rachat du bloc détenu par la famille Gorgé dans Exail, spécialiste des drones maritimes, tandis que Renk a acquis David Brown Defence afin de consolider ses activités navales.

Actions américaines

Dans un marché toujours porté par le thème de l’IA, la semaine a été dominée par l’escalade géopolitique entre les États Unis et l’Iran, et une Fed divisée. Les actions américaines ont affiché des performances contrastées (S&P 500 +0,1 %, Nasdaq 100 +0,1 %, Russell 2000 -0,6 %, Dow Jones -1,1 %), reflétant la volatilité des semiconducteurs, la résilience des secteurs défensifs et la pression sur les small caps dans un contexte de taux durablement élevés. La fin du cessez le feu US–Iran annoncée le 8 juillet a gravement perturbé le trafic dans le détroit d’Ormuz et a brièvement poussé le Brent à 78–80 $/baril, ravivant les craintes d’inflation, tandis que les comptes rendus du FOMC et la NY Fed Survey confirment une Fed plus divisée, avec des anticipations d’inflation en hausse qui pèsent sur les secteurs les plus sensibles aux taux et aux coûts de l’énergie.

Malgré une volatilité importante dans les semiconducteurs, le secteur a surperformé l’indice dans un contexte de risque de surcapacité moins probant que la semaine dernière. En effet, Apple et Broadcom ont annoncé un accord pluriannuel de plus de 30 milliards $ pour produire des puces aux États Unis, Meta a lancé Muse Image et a annoncé Muse Video, une nouvelle suite de modèles de génération de contenu au sein de Meta AI, tout en affichant l’ambition de doubler sa capacité de calcul. Enfin, l’offre d’ADR (American Depositary Receipts - certificat de dépôt américain) de SK Hynix, sursouscrite plus de sept fois, illustre l’appétit pour les infrastructures mémoire IA.

Les télécoms ont connu une semaine en demi-teinte (-0,3 %), pénalisés par des craintes de concurrence de SpaceX via son service Starlink, malgré un léger rebond de Verizon, AT&T et T Mobile, tandis que l’inclusion rapide de SpaceX dans le Nasdaq 100 a généré des flux indiciels et a contribué à la volatilité de l’indice.

Le secteur de la santé (+0,1 %) a surperformé le S&P 500, porté par la rotation vers les valeurs défensives et une activité soutenue de M&A, avec notamment l’annonce du rachat de Crinetics par Vertex, sur fond d’éléments réglementaires favorables. 

Marchés émergents

Jeudi, l'indice MSCI EM affichait une baisse de 2,61 % en dollars américains. La Chine et le Brésil ont progressé respectivement de 3,22 % et 0,28 %. La Corée, Taïwan, le Mexique et l'Inde ont quant à eux reculé respectivement de 8,92 %, 3,52 %, 1,56 % et 1,17 %.

En Chine, l’IPC de juin s’est révélé plus faible que prévu : tant l’indice global que l’indice sous-jacent ont ralenti plus que prévu pour s’établir à 1 % en glissement annuel, tandis que l’IPP s’est établi à 4,1 % en glissement annuel. L’indice PMI des services, établi par Rating Dog, affiche 54,1, dépassant les estimations de 53. Les autorités ont mis à jour leur liste nationale des médicaments essentiels pour la première fois en huit ans, en élargissant considérablement son champ d’application. CXMT, le plus grand acteur chinois du secteur de la mémoire, s’apprête à lancer une introduction en bourse de 4,3 milliards de dollars la semaine prochaine. La Chine envisagerait d’autoriser les principales entreprises d’IA à acheter des quantités limitées de puces Nvidia H200, tandis que DeepSeek serait en train de développer ses propres puces d’inférence afin de réduire sa dépendance. Les prévisions trimestrielles d’Alibaba ont dépassé les attentes, ce qui a soutenu le sentiment du secteur. Deux entreprises spécialisées dans les modèles d’IA, Minimax et Zhipu, ont conclu des transactions de plusieurs milliards de dollars dès l’expiration de leurs périodes de blocage. 

En Corée du Sud, le résultat d'exploitation préliminaire de Samsung Electronics pour le deuxième trimestre s'est élevé à environ 58 milliards de dollars, soit une multiplication par 19 par rapport à l'année précédente, dépassant ainsi les prévisions du marché. SK Hynix a levé 26,5 milliards de dollars lors de son introduction en bourse sur le Nasdaq sous forme d'ADR, ce qui constitue la plus importante introduction en bourse jamais réalisée aux États-Unis par une entreprise étrangère. Les syndicats de Hyundai Motors prévoient une grève partielle du 13 au 15 juillet, réclamant 30 % du bénéfice net à titre de prime.

À Taïwan, les exportations de juin ont augmenté d’environ 40 % en glissement annuel — un ralentissement par rapport aux 51,7 % enregistrés en mai et un résultat inférieur au consensus d’environ 50 %. 

En Inde, l’indice PMI des services s’est établi à 57,4 contre 57,3 précédemment. La visite de Modi en Australie a permis de conclure un accord prévoyant la vente d’uranium par l’Australie à l’Inde pour le nucléaire civil, après plus de dix ans de négociations, parallèlement à des accords dans les domaines de la défense et de l’énergie. L’ONGC a approuvé une augmentation de 1,75 million de tonnes des réserves stratégiques de pétrole brut, reflétant les priorités en matière de sécurité énergétique après la guerre avec l’Iran. Le bénéfice net de TCS au premier trimestre de l’exercice 2027 s’est révélé globalement conforme aux prévisions, tandis que le chiffre d’affaires a légèrement dépassé les attentes. La direction a indiqué que l’IA devrait contribuer à hauteur d’environ 20 % du chiffre d’affaires d’ici 4 à 6 trimestres. 


Au Mexique, l’IPC de juin s’est établi à 3,37 % en glissement annuel — son plus bas niveau depuis 2020 et bien en deçà du consensus de 3,50 %. L’usine Energia Costa de Sempra Infrastructure a exporté sa première cargaison de GNL — une étape décisive pour les ambitions du Mexique en la matière et un soulagement pour les marchés mondiaux confrontés aux perturbations de l’approvisionnement liées à la guerre en Iran. 

Au Brésil, le ministre des Finances a annoncé que la suppression des subventions sur l’essence — partielle ou totale — constituerait la prochaine mesure budgétaire, son calendrier dépendant des perspectives des cours du pétrole dans un contexte d’incertitude au Moyen-Orient. Le gouvernement a prolongé de 60 jours supplémentaires la taxe de 12 % sur les exportations de pétrole afin de protéger les conditions de raffinage nationales. La ratification de l’accord de libre-échange entre le Mercosur et Singapour (suppression totale des droits de douane sur 100 % des exportations brésiliennes vers Singapour) entrera en vigueur le 1er août. 

Dette d’entreprises 

Malgré une semaine précédente favorable, le sentiment de marché s’est révélé fragile au fil des jours. Une forte détérioration s’est installée en milieu de semaine après que le président Trump a déclaré, le 8 juillet, que le cessez-le-feu avec l’Iran était « terminé », à la suite de nouvelles frappes aériennes américaines. La réaction des marchés a été immédiate, l’indice iTraxx Europe IG progressant de 1,25 pb pour atteindre 52,3 pb en une seule séance. Dans le même temps, l’indice Crossover s’est élargi de 6,7 pb pour s’établir à 248,3 pb. Les marchés se sont néanmoins partiellement redressés jeudi, grâce au recul des cours du pétrole. Fait encourageant, les fabricants de puces électroniques ont rebondi, tandis que les discussions techniques entre Washington et Téhéran se poursuivaient. Les taux ont connu une forte volatilité, sous l’effet des craintes d’inflation liées à la situation géopolitique, de la réévaluation des taux par la BCE et des inquiétudes concernant les dépenses publiques européennes. Malgré ces fluctuations, le marché du crédit s’est montré remarquablement résilient, tous les indices affichant des performances positives. 

Les marchés primaires ont été actifs. Amazon a émis près de 30 milliards de dollars d’obligations seniors. Sur le segment du High Yield, des noms connus tels que Loxam, Picard et Cirsa ont procédé à des émissions. Du côté des titres hybrides, Energy Transfer a procédé à une émission de deux tranches. Conformément à une tendance récente, davantage de banques du Golfe ont émis des titres AT1. Dans le segment High Yield, le complexe Cerved/ION Platform a entamé une reprise, soutenu par les bons résultats d’ION. Du côté des entreprises des marchés émergents, des sociétés colombiennes telles que Promigas et Banca Davivienda figuraient parmi les plus performantes.


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