• La signature d’un protocole d’accord entre les États-Unis et l’Iran a soutenu les marchés via une baisse des prix de l’énergie.
• Aux États-Unis, le nouveau président de la Fed, Kevin Warsh, a maintenu les taux inchangés mais a retiré le biais accommodant du communiqué, tandis qu’en Chine, l’économie reste marquée par une forte divergence entre la bonne tenue de l’activité extérieure et la faiblesse de la demande domestique.
• Après le mouvement de détente obligataire, nous sommes revenus à une position neutre sur les taux souverains américains et européens, avec une vigilance particulière sur les taux longs. Nous maintenons en revanche notre biais positif sur les actions, initié après la correction du début de mois.
La signature d’un protocole d’accord entre les États-Unis et l’Iran, prévoyant l’extension du cessez-le-feu de 60 jours et ouvrant la voie à la réouverture du détroit d’Ormuz, a soutenu les marchés via une baisse des prix de l’énergie. De nombreuses incertitudes subsistent toutefois que ce soit concernant l’issue des opérations militaires, en particulier au Sud-Liban où Israël adopte une position plus intransigeante que Washington, ou du soutien effectif du Congrès américain, certains Républicains qualifiant déjà l’accord de capitulation. L’Iran en ressort pour l’instant grand bénéficiaire, avec la levée programmée des sanctions, le dégel des avoirs et un plan d’investissements de 300 milliards de dollars. Le respect des engagements mutuels, notamment sur le nucléaire, reste à confirmer.
Ces concessions illustrent l’intérêt du président Donald Trump à aborder les élections de mi-mandat avec une avancée visible sur ce dossier. Le chemin demeure néanmoins chaotique, comme en témoigne la poursuite du conflit au Sud-Liban et l’annulation de la rencontre prévue avec le vice-président américain en fin de semaine. La réouverture du détroit devrait permettre un retour du trafic global à son niveau d’avant-crise d’ici un mois. Sur le marché du gaz, en revanche, le Qatar a indiqué que 20 % de sa production, soit 4 % de l’offre mondiale de GNL, resterait indisponible pendant plusieurs années compte tenu des réparations nécessaires.
Aux États-Unis, le nouveau président de la Fed, Kevin Warsh, a maintenu les taux inchangés mais a retiré le biais accommodant du communiqué. La moitié des membres du FOMC s’était d’ailleurs prononcée pour une hausse. L’inflation totale et sous-jacente (3,6 % et 3,3 % contre 2,7 % en mars) reste nettement au-dessus de l’objectif, tandis que la croissance demeure résiliente (2,2 % après 2,3 %). Kevin Warsh impose son style en renonçant à donner une trajectoire explicite des taux et en lançant des groupes de travail chargés de revoir la stratégie monétaire. Les enquêtes dressent un tableau contrasté : l’indice Michigan ressort en hausse (48,9 contre 44,8), mais la production industrielle ralentit (+0,1 % en mai après +0,9 %) et l’immobilier faiblit (indice NAHB en repli). L’indice manufacturier de la Fed de New York se dégrade également, notamment sur les délais d’approvisionnement.
En Chine, l’économie reste marquée par une forte divergence entre la bonne tenue de l’activité extérieure et la faiblesse de la demande domestique : la production industrielle progresse de 4,5 % en mai (4,1 % en avril), tandis que les ventes au détail reculent de 0,6 % (après –0,2 %) et que l’investissement résidentiel chute de 16,2 % sur les cinq premiers mois de l’année sur un an. Dans la zone euro, l’activité industrielle ralentit également (+0,1 % en mai contre +0,4 % en avril).
La Banque d’Angleterre et la Banque nationale suisse ont, elles aussi, laissé leurs taux inchangés, la première dans un contexte de marché du travail tendu sans accélération de l’inflation, la seconde face à la force du franc suisse, qui pèse déjà sur les prix. À l’inverse, la Banque du Japon a relevé ses taux de 25 pb, comme attendu, portée par une croissance solide et une inflation salariale soutenue. Une intervention pour soutenir le yen reste probable, alors que la trajectoire budgétaire suscite des interrogations.
Nous demeurons prudents sur la lisibilité de la stratégie du nouveau comité de la Fed, malgré le discours centré sur la stabilité des prix. La banque centrale nous semble à la fois plus encline à remonter ses taux et exposée au risque d’être perçue comme « en retard » si elle renonce à agir. Après le mouvement de détente obligataire, nous sommes revenus à une position neutre sur les taux souverains américains et européens, avec une vigilance particulière sur les taux longs. Le mouvement ayant également profité aux actifs risqués, nous avons pris nos profits sur la dette émergente et sommes désormais neutres sur la classe d’actifs, dans un contexte où le dollar et la volatilité des taux pourraient repartir à la hausse. Nous maintenons en revanche notre biais positif sur les actions, initié après la correction du début de mois.
Actions européennes
Portés par la détente progressive du risque au Moyen-Orient mais contraints par un environnement monétaire plus restrictif, les marchés actions européens enregistrent une semaine globalement positive, dans un climat d’investissement toujours prudent.
Du côté microéconomique, la semaine confirme la vigueur de la thématique IA. Le partenariat pluriannuel entre HSBC et Google illustre le passage à des usages concrets dans la banque, notamment en gestion de fortune et dans la lutte contre la criminalité financière. BESI bénéficie également de cette dynamique : porté par la forte demande en équipements pour centres de données et semi-conducteurs, le groupe a relevé de manière significative ses perspectives de revenus et de marge opérationnelle. Legrand a par ailleurs rassuré sur la durée du cycle des data centers, en indiquant que la croissance du marché devrait rester soutenue au-delà de 2026. Capgemini a, en revanche, reculé dans le sillage d’Accenture, qui a prévenu d’une baisse de son chiffre d’affaires dans les mois à venir, illustrant des craintes encore fortes de disruption liée à l’IA dans le secteur des services de conseil. La défense reste également un thème porteur : Renault a annoncé un partenariat avec Thales pour la conception d’un véhicule tactique, Safran et Theon se sont engagés dans une coentreprise dans les systèmes optroniques pour drones, Eutelsat a sécurisé un contrat majeur avec la Direction générale de l’armement et Leonardo a enregistré une nouvelle commande d’hélicoptères auprès d’Avincis. À l’inverse, le secteur automobile demeure sous pression. BMW a revu à la baisse sa cible de marge 2026, rappelant les défis structurels auxquels une partie de l’industrie reste confrontée, en particulier en Chine, dans un contexte de coûts encore perturbé par les tensions au Moyen-Orient.
Actions américaines
Les actions américaines ont signé une semaine positive mais heurtée : le S&P 500 gagne 0,93 %, le Nasdaq Composite 2,43 % et le Russell 2000 1,22 %, sur de nouveaux plus hauts, traduisant un regain d’appétit pour les valeurs domestiques et cycliques.
Le secteur des technologies de l’information signe la meilleure performance hebdomadaire avec une hausse de 3,06 %, tiré par les semi conducteurs (+7,3 %) et la mémoire (+18 %). Intel progresse avec le lancement en production de son nœud avancé 18A P, tandis que Qualcomm est soutenu par des discussions en vue d’acquérir Tenstorrent pour renforcer ses capacités IA, et Micron profite d’anticipations de résultats très favorables. Du côté des logiciels, Datadog bénéficie d’un relèvement de recommandation lié à la demande en IA. À l’inverse, Microsoft (−2,9 %) souffre des craintes liées à la montée en puissance de modèles concurrents. En toile de fond, l’écosystème IA reste très actif, avec Apple, Intel et Amazon qui renforcent leurs investissements dans les puces et les data centers, tandis qu’Anthropic se retrouve au cœur des débats réglementaires américains.Le secteur de l’industrie est en hausse de 2,64 %, porté par les équipements, les infrastructures et l’énergie. GE Vernova profite d’un début de couverture positif comme acteur clé de l’électrification, tandis que certains fournisseurs de solutions pour datacenters et réseaux bénéficient de la vague d’investissements IA. Le secteur des matériaux recule légèrement (−0,40 %) mais reste animé par les opérations de M&A, notamment le projet de fusion entre Olin et Huntsman, qui se traduit par une forte volatilité sur ces deux titres. Le secteur de la consommation discrétionnaire progresse de 0,80 % : Take Two profite de la communication autour de GTA 6, tandis que TripAdvisor est soutenu par la cession de TheFork à American Express. Le secteur des services de communication progresse de 1,08 % : l’entreprise Roku est en hausse après l’annonce de son rachat par Fox, tandis que cette dernière recule sous l’effet de la prime de contrôle. Netflix cède du terrain après avoir démenti son intérêt pour Lionsgate Studios, qui efface son envolée spéculative de la veille. Le secteur de biens de consommation de base recule de 2,86 %, victime d’arbitrages en faveur de la technologie et des secteurs cycliques. Yum! Brands progresse après l’annonce de la vente de Pizza Hut pour 2,7 Mds$ et d’un nouveau programme de rachat d’actions de 4 Mds$. Le secteur de la santé recule de 2,95 % : uniQure bondit après l’annonce d’un futur dépôt de BLA (Biologics License Application) pour son traitement AMT 130 dans la maladie de Huntington, alors qu’IQVIA et Leidos (LDOS) sont pénalisées par des dégradations de recommandation. Les services financiers gagnent 0,39 % : les banques d’investissement profitent des grandes opérations comme l’IPO de SpaceX et le deal entre FOXA et ROKU. Fiserv rebondit après des achats d’actions par des dirigeants, tandis que CME Group baisse après l’annonce du départ de son CEO, et Robinhood recule également malgré des volumes de trading au plus haut, suite à l’annonce d’une réduction d’effectifs.
Marchés émergents
Jeudi, l'indice MSCI EM affichait une hausse de 4,36 % en dollars américains. La Corée, Taïwan et l'Inde ont progressé respectivement de 11,95 %, 5,21 % et 3,49 %, tandis que la Chine, le Brésil et le Mexique ont reculé respectivement de 2,76 %, 2,48 % et 0,53 %.
En Chine, les données d’activité du mois de mai ont été mitigées : les ventes au détail ont reculé de 0,6 % en glissement annuel - première contraction depuis la réouverture de 2022 - et les investissements en immobilisations pour la période janvier-mai ont reculé de 4,1 %, un recul plus marqué que prévu, même si la production industrielle s’est maintenue à +4,5 % grâce à l’essor des exportations et du secteur technologique. Xiaohongshu, considéré comme l’Instagram chinois, serait en train de préparer un dossier confidentiel en vue d’une introduction en bourse à Hong Kong d’ici fin juin, avec une valorisation supérieure à 70 milliards de dollars, tandis que DeepSeek a levé 7,4 milliards de dollars pour une valorisation de plus de 50 milliards de dollars. ANT GROUP teste une mise à niveau de son agent IA pour Alipay.
En Corée du Sud, les exportations ont bondi de 85,9 % en glissement annuel entre le 1er et le 10 juin. La « Korea–US Strategic Investment Corporation » a été créée pour mettre en œuvre l’engagement de Séoul en matière d’investissements aux États-Unis, le Sénat américain ayant également apporté son soutien à la coopération dans le domaine de la construction de sous-marins. Le groupe Hyundai Motor aurait l’intention d’acquérir les 9,65 % restants de Boston Dynamics détenus par SoftBank pour 325 millions de dollars. Par ailleurs, SK Hynix a livré des échantillons de HBM4E à ses principaux clients.
À Taïwan, la CBC prévoit une croissance des exportations de 20 % en 2026, avec une dynamique se poursuivant au second semestre. TSMC et Amkor ont signé un accord sur 10 ans pour construire une usine de conditionnement de pointe en Arizona.
En Inde, l’IPC du mois de mai a surpris à la baisse en s’établissant à 3,93 % (estimation de 4,02 %), mais l’IPM a bondi à 9,68 %, contre 8,30 % auparavant, en raison des coûts énergétiques liés à la guerre en Iran et d’un écart croissant entre les prix de détail et les prix à la production. La RBI a supprimé les plafonds de taux d'intérêt sur les dépôts en devises étrangères à 3-5 ans effectués par des non-résidents. Jio Platforms, la filiale numérique de Reliance Industries, et la Bourse nationale ont déposé leur projet de prospectus préliminaire auprès de la SEBI
Au Mexique, l’IPC de mai a reculé de 0,21 % en glissement mensuel, ramenant le taux annuel à 3,94 %,. L'investissement brut en capital fixe a prolongé l'une de ses plus longues périodes de repli depuis des décennies, reculant de 3,1 % en glissement annuel en mars.
Au Brésil, la banque centrale a abaissé le taux Selic de 25 points de base, le ramenant à 14,25 %, conformément aux prévisions, tout en revoyant nettement à la hausse ses prévisions d’inflation pour 2026, à 5,2 %. Les ventes au détail du mois d’avril ont déçu, s’établissant à -1,5 % en glissement mensuel (contre une estimation de -0,6 %). Le ministre des Finances a fait part de ses inquiétudes concernant un projet de loi sur l’autonomie financière de la banque centrale, alors que la campagne de relance préélectorale de Lula entre en conflit avec le mandat de lutte contre l’inflation de la BCB à l’approche du mois d’octobre.
En Colombie, tous les regards sont tournés vers l’élection présidentielle de ce week-end. L’activité est restée résiliente.
En Argentine, nous attendons avec intérêt l’examen de l’accessibilité du marché par MSCI prévu la semaine prochaine (23 juin). Portée par les produits agricoles et l’énergie, l’Argentine a enregistré un excédent commercial de 3,5 milliards de dollars en mai, soit une nette amélioration par rapport aux 0,6 milliard de dollars de l’année précédente et un résultat bien supérieur aux attentes.
Dette d’entreprises
La semaine a été agitée avec l’annonce d’un accord intermédiaire entre les États-Unis et l’Iran et la promesse d’une ouverture du détroit d’Ormuz au moins pendant 60 jours. Le premier discours très attendu de Kevin Warsh à la tête de la Fed a adopté un ton hawkish. Résultat : un aplatissement des courbes de taux en Europe comme aux États-Unis et un repli du baril de pétrole WTI sous les 80 $.
Sur le Crédit, l’indice Crossover poursuit son resserrement, affichant une compression d’une quinzaine de points de base depuis la fin de la semaine dernière. Tiré par les taux longs, le crédit Investment Grade affiche une performance de 0,31 % sur la semaine à jeudi soir, le High Yield +0,2 % et les CoCo € +0,3 %.
Ces bonnes conditions de marché ont dynamisé le marché primaire, avec des émissions TAP Air Portugal et Profine sur le segment du High Yield, Orange sur les hybrides corporate et la banque Polonaise PKO en format € Tier 2 pour les subordonnées financières.
GLOSSAIRE
• Les titres « Investment Grade » désignent des titres obligataires émis par des entreprises dont le risque de défaut de paiement varie de très faible (remboursement presque certain) à modéré. Ils correspondent à une échelle de notation allant de AAA à BBB- (notation Standard&Poor’s).
• Les titres « High Yield » sont des obligations d’entreprises présentant un risque de défaut supérieur aux obligations Investment Grade (ou catégorie investissement) et offrant en contrepartie un coupon plus élevé.
• La dette senior bénéficie de garanties spécifiques. Son remboursement se fait prioritairement par rapport aux autres dettes, dites dettes subordonnées.
• La dette est dite subordonnée lorsque son remboursement dépend du remboursement initial des autres créanciers.
• Tier 2 / Tier 3 : segment de la dette subordonnée.
• La duration correspond à la durée de vie moyenne d’une obligation actualisée de tous les flux (intérêt et capital).
• Le spread désigne l’écart entre le taux de rentabilité actuariel d’une obligation et celui d’un emprunt sans risque de même maturité.
• Les valeurs dites « Value » sont considérées comme sous-évaluées.
• EBITDA est l'acronyme de Earnings before Interest, Taxes, Depreciation, and Amortization (en français : résultat d'exploitation avant intérêts, impôts et amortissement). Il mesure donc la création de richesse avant toute charge calculée. Il trouve son équivalent français en l'EBE (Excédent brut d'exploitation).
• CTA : stratégie quantiative qui investit principalement via des contrats à terme (futures) dans une vaste palette d’actifs financiers : Indices Actions, Taux Courts, Taux Longs, Devises, Matières Premières
• Le terme “Quantitative Easing” désigne un type de politique monétaire dit non conventionnel auquel peuvent avoir recours les banques centrales dans des circonstances économiques exceptionnelles.
• Un « stress test » est une technique destinée à évaluer la résistance d'institutions financières.
• L'indice PMI, pour “Purchasing Manager's Index” (indice des directeurs des achats), est un indicateur permettant de connaître l'état économique d'un secteur.
• Coco (contingent convertible bonds) : format de dette subordonnée.
• Mortgage : une hypothèque est un instrument financier de garantie d'une dette.
• Les AT1 font partie d’une famille de titres de capital bancaire connus sous le nom de convertibles contingents ou « Cocos ». Convertibles parce qu’elles peuvent être converties d’obligations en actions (ou dépréciées entièrement) et contingentes parce que cette conversion ne se produit que si certaines conditions sont remplies, comme la solidité du capital de la banque émettrice tombant en dessous d’un seuil de déclenchement prédéterminé.
• Les RT1 : souches obligataires perpétuelles avec un rappel anticipé possible à 10 ans. Le paiement des coupons est discrétionnaire et non cumulatif.
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