16/10/2026

Par Jean-Philippe Desmartin, Directeur de l’investissement Responsable chez Edmond de Rothschild Asset Management (France).

Le multilatéralisme n’a jamais autant été challengé depuis la création des Nations-Unies à la fin de la seconde guerre mondiale. Or, les COP sont le fruit et le résultat d’accords globaux sous l’égide des Nations-Unies. Dans ce contexte, les espoirs peuvent apparaître minces pour la prochaine COP 31 prévue à Antalya en Turquie du 9 au 20 novembre, quelques jours après les élections de « Midterms » aux États-Unis (3 novembre).

La Turquie a la capacité de discuter avec tous les gouvernements (Occident, Global South…) mais son leadership a été historiquement faible sur les questions climatiques. L’Australie, en concurrence avec la Turquie pour accueillir la prochaine COP, en a obtenu la Présidence mais sa contribution est à ce stade difficile à évaluer. Du côté des gouvernements et de potentielles avancées globales, les choses s’annoncent difficiles. Les États-Unis, 2ème émetteur après la Chine et devant l’Inde, feront la politique de la chaise vide pour la deuxième année consécutive et, sans effort de discrétion, incitent d’autres pays à ne pas participer. Les pays exportateurs de gaz et de pétrole seront d’autant plus confiants pour contribuer à freiner tout engagement en matière d’objectifs de réduction des émissions GES issues des énergies fossiles (80% environ de l’enjeu global). La question des financements sera aussi un sujet compliqué alors même que l’ONU doit faire face à des arriérés de plusieurs milliards de $ pour son propre financement.

Dès lors, tout espoir est-il perdu ? Non, car une dynamique économique et géopolitique s’amorce depuis le mois de mars 2026. La guerre en Iran crée une période de hausse des prix des énergies fossiles et pose la question de l’accès à l’approvisionnement pour des continents entiers comme l’Afrique, l’Asie (hors Moyen-Orient) et l’Europe. Le monde réalise en direct que les énergies fossiles peuvent aussi devenir « intermittentes » et les pays (gouvernements, citoyens consommateurs et secteurs privés) dépendants réagissent en regardant notamment de plus près la courbe d’expérience chinoise en matière de transition énergétique. Résultat, hors États-Unis, les ventes de véhicules électriques (Amérique Latine, Europe…) de même que de panneaux solaires (Afrique, Asie...) explosent depuis mars dernier avec parallèlement des enjeux croissants de capacité et de continuité des réseaux de distribution électrique.

La COP 31, qui prône une transition passant par la réduction du recours aux énergies fossiles ET des investissements massifs vers les solutions de décarbonation telles que l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables, l’électrification ou encore l’hydrogène vert, n’est pas seulement un défi environnemental et social. La transition que la Chine a déjà largement démarrée est aussi un défi économique et de souveraineté énergétique pour réduire les dépendances. On pourrait donc assister pendant la COP 31 à des avancées de blocs de pays (Europe, Japon, Australie…) et/ou de secteurs économiques qui répondront partiellement aux défis économiques et géopolitiques posés en matière énergétique. Surtout, on peut raisonnablement espérer assister à des avancées concrètes sur les solutions (volet opportunités, renouvelables…) face aux fronts s’opposant à la réduction des émissions de GES (volet risques).

SOMMAIRE : 
Edito : l’économie et la géopolitique au secours de la COP 31 par Jean-Philippe Desmartin.
L’équipe Investissement Responsable en action : affronter les enjeux du vieillissement de la population
Actualité : la canicule de l'été 2026 : un record climatique et humain pour l'Europe
Point de vue académique : engagement actionnarial : le leadership, clé de l’action collective ? par Oğuzhan Karakaş, Elroy Dimson et le Dr. Xi Li
À la rencontre des sociétés : focus sur Zurich Insurance
L’équipe BRIDGE en action : Projet Ampère
Conseil de lecture : les frères Lehman, par Stefano Massini