17/06/2026

Par Nabil Milali, Portfolio Manager / Strategist Multi-Asset & Overlay chez Edmond de Rothschild Asset Management (France)

3 mois et 17 jours. Voilà le temps qu’il aura fallu aux Etats-Unis et l’Iran pour enfin trouver un accord préliminaire et mettre un terme au conflit qui les opposait depuis février. Les détails de celui-ci ne sont pas connus mais aux yeux des investisseurs, seule compte la réouverture du détroit d’Ormuz, laquelle devrait être effective à partir de vendredi, jour de signature officielle de l’accord à Genève. Si les flux pétroliers transitant de manière officieuse ont déjà nettement accéléré ces dernières semaines, la réduction du risque d’attaque devrait encourager davantage de transporteurs maritimes à tenter la traversée, d’autant plus que les primes d’assurance devraient progressivement diminuer. Certes, il faudra sans doute plusieurs mois avant de normaliser la situation sur le marché du pétrole compte tenu de la mise à l’arrêt totale de la production dans plusieurs pays producteurs et du temps nécessaire pour que les tankers effectuent plusieurs voyages vers l’Asie ou l’Europe. Une période pendant laquelle le marché restera en déficit d’offre et continuera de puiser dans les stocks mondiaux de pétrole dont les niveaux sont déjà historiquement faibles, ce qui est de nature à maintenir les prix de l’énergie à des seuils plus élevés qu’avant la guerre. Néanmoins, les investisseurs ont tout intérêt à regarder au travers et saluer plutôt la dissipation du risque géopolitique et avec lui les scénarios noirs d’une récession mondiale ou de choc inflationniste durable. La réaction des actifs l’illustre d’ailleurs parfaitement aujourd’hui avec une rechute additionnelle des taux souverains dans le sillage de la correction sur le Brent, un resserrement des spreads de crédit, un affaissement de la volatilité et une forte progression des indices actions. Alors que nous aurions pu imaginer que la résolution du conflit au Moyen-Orient soit le catalyseur pour une rotation à la fois sectorielle et géographique en faveur des segments les plus sanctionnés depuis fin février, il n’en est rien. Les indices européens accusent même une sous-performance notable ce lundi par rapport à leurs pairs américains et même asiatiques, lesquels sont portés encore une fois par le secteur de la technologie. Ce dernier continue en effet d’avoir les faveurs des investisseurs, encouragés par le retour des valorisations à des niveaux moins extrêmes après la correction enregistrée la semaine dernière et qui nous avait incité à adopter de nouveau une vue positive sur les indices actions, en particulier américains. La surperformance du facteur Momentum est certes considérable mais difficile de tabler sur une inversion de tendance à ce stade alors que les investissements dans les infrastructures IA ne cessent d’être révisés à la hausse et que l’optimisme autour des performances des futurs modèles reste intact. Mentionnons tout de même que les secteurs cycliques retrouvent quelques couleurs à l’image de la consommation discrétionnaire ou encore de la construction, tout comme les small caps européennes, en particulier en Allemagne, lesquelles pourraient tirer leur épingle du jeu en cas d’accélération du plan de relance allemand en fin d’année comme promis par Berlin.

Par ailleurs, nous restons positifs sur le crédit Investment Grade comme High Yield ainsi que sur les taux souverains, avec une préférence pour la partie courte de la courbe dans la mesure où les attentes de hausses de taux directeurs nous semblent trop pessimistes, à la fois pour la BCE et pour la Fed. En effet, le pic d’inflation a probablement été atteint ou le sera très prochainement et même dans le cas où les prix de l’énergie ne reviennent pas à leur niveau d’avant-crise, leur contribution à l’inflation devrait progressivement diminuer, tandis que les dernières statistiques de part et d’autre de l’Atlantique ne montrent aucun signe d’effets de second tour à ce stade. Contrairement au choc de 2022, la demande n’est pas soutenue de manière excessive et le marché du travail est loin d’être aussi tendu, ce qui devrait permettre d’éviter le déclenchement de la boucle prix-salaires. Si en Europe, le ralentissement de l’activité économique devrait à minima inciter la BCE à temporiser et garder un maximum d’optionnalité quant à sa prochaine décision, aux Etats-Unis c’est l’arrivée de Kevin Warsh qui devrait amener une communication un peu plus accommodante, ne serait-ce qu’en indiquant qu’une hausse des taux directeurs est loin d’être acquise malgré la solidité de l’économie américaine. 


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